Le conflit au Mali est entré dans une phase qui dépasse le simple échange d’attaques pour devenir une bataille pour la survie de l’État et sa forme future. Les autorités militaires, dirigées par Assimi Goïta, s’accrochent à une solution armée avec un soutien russe croissant, tandis que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de Libération de l’Azawad (FLA) combinent pression militaire, isolement économique de Bamako et action diplomatique régionale.
Selon une enquête publiée par Africa Intelligence, Goïta refuse de négocier et mise sur des renforts russes et des approvisionnements militaires transitant par la Libye, au moment où les forces d’Iyad Ag Ghaly se préparent à une nouvelle phase de leur campagne après l’attaque du 25 avril qui a touché le cœur de l’appareil militaire à Kati et Bamako.
Pourquoi Gao ?
Gao représente la dernière ligne de défense pour la présence malienne et russe dans le Nord. C’est une base aérienne et logistique qui relie Bamako aux régions de l’Azawad et permet à l’armée de soutenir ses forces à Anéfis, Ménaka et Tombouctou.
La chute ou l’encerclement de la ville entraînerait :
– La paralysie de la capacité de l’armée et du Corps africain à se déplacer vers le nord.
– L’isolement des forces déployées en dehors des grandes villes.
– La transformation de vastes zones de l’Azawad en un espace échappant au contrôle de Bamako.
– L’ouverture de la voie à une pression militaire et politique accrue sur le centre du Mali.
C’est pourquoi les combats d’Anéfis et les attaques contre les convois entre Gao et Tombouctou sont considérés comme une tentative de démanteler le périmètre de la ville avant de la cibler directement.
Une alliance à double face…
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) assume le poids militaire, la coupure des routes d’approvisionnement et la pression sur Bamako, tandis que le Front de Libération de l’Azawad (FLA) fournit la couverture locale, la façade politique et les relations régionales.
Mais cette alliance repose plus sur un ennemi commun que sur un projet unifié ; le Front cherche à restaurer l’Azawad et à imposer un règlement politique, tandis que l’organisation d’Iyad Ag Ghaly veut étendre son influence et établir un système basé sur sa vision de la charia. Cette contradiction risque de resurgir si l’autorité de Bamako venait à décliner.
Une guerre d’usure, pas une résolution rapide
Malgré les pertes subies par l’armée et le Corps russe, Bamako conserve son aviation, ses drones et ses lignes de soutien externes. En revanche, ses adversaires ont prouvé leur capacité à ouvrir des fronts simultanés et à menacer les routes d’approvisionnement en carburant et en armes.
Par conséquent, la bataille ne sera pas tranchée par la simple prise d’une ville ou d’une base militaire. L’indicateur décisif sera le sort de Gao : si elle reste aux mains des autorités, Bamako pourra poursuivre la guerre dans le Nord ; mais sa chute pourrait signifier l’effondrement de la profondeur stratégique de l’armée et la transformation du conflit d’une guerre d’usure contre le régime en une bataille directe pour sa survie.

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